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Bébé à l'heure H
Je sors d'entre tes cuisses saignantes, Maman.
Enfin, ce long cordon se tord et casse.
Enfin, l'heure H de mon existence au départ.
Elle est quand même cruelle, cette bouffée d'oxygène n°1.
Mais il faut respirer...
Je passe de ton corps à rien, maman.
Tout est si flou autour...
Il va falloir faire fort.
Allez, de la crème, mets en moi encore.
Je suis bébé à l'heure H.
Je me moule par actions extérieures, je m'adapte par défaut.
J'ai beau faire un effort, Maman,
je ne comprends pas le décor,
je ne comprends pas encore,
le sens de mes larmes.
Elles vont tout droit vers toi, maman.
Je suis le métronome qu'on met en marche,
plus rien ne me cache,
j'aimerais rester entier.
Il va falloir avancer...
Je suis bébé à l'heure h, je me moule par actions extérieures,
je m'adapte par défaut.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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L'oeil-enfant
Regarde dans mon oeil,
bien sûr, je suis encore malhabile,
mais il sait discerner le vrai du faux,
il trie déjà les déchets des égos.
Regarde dans mon oeil.
Laisse mes jouets où ils sont.
Ici, le temps n'existe pas.
Les balles que je lance ne touchent jamais le sol,
mon univers efface vos paroles.
Laisse-moi l'affolante beauté des croyances qui me servent.
Je suis l'oeil enfant éternel, je sais tout tes secrets,
l'innocence de mes désirs défie souvent les tiens.
Sous mon crâne, des pensées se dessinent, précises,
toi, l'adulte, qui a oublié l'essentiel,
tu enseignes à tout va les restes pitoyables
d'une fabuleuse réalité dont tu ne fais plus partie.
Regarde dans mon oeil.
Mon cerveau depuis longtemps se prépare
à maintenir constante la volonté farouche
de ne rien oublier.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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Cigarette
J'ai dû ouvrir ma fenêtre,
cette cigarette à l'odeur de mes pensées.
Elle, elle est là pour me faire oublier
ce vague à l'âme certain, mon coeur court-circuité.
Ou mes parents.
Je ne comprends pas très bien où veulent en venir
ceux que je vais devoir devenir...
Un jour...
Elle est fidèle, à chaque bouffée,
dans sa fumée, je décèle,
mon espace liberté ...
Je n'attends plus,
elle prend son temps, et le mien par dessus.
Histoire de me faire patienter,
j'allume l'envie d'être majeure,
quand le silence est nécessité,
ou quand le doute menace.
Cette cigarette a l'odeur de mes pensées,
je ne veux plus y rester :
j'ouvre la fenêtre et décide d'y plonger.
A mort.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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Peur à l'amour
J'aimerais tremper mon regard dans le tien,
m'offrir à toi, au hasard,
ce serait déjà un départ.
T'offrir des sens et des fleurs,
mes cuisses carnivores,
mais ça laisse des traces dans le corps,
je commence à avoir peur.
Je fuis, j'ai peur à l'amour, je sens l'odeur des flammes autour.
Je tiens l'amour au secret,
dans un endroit discret.
Lui, il est muet, c'est une menace,
mon coeur est plein de crevasses.
Je fuis, j'ai peur à l'amour, je sens l'odeur des flammes autour.
Je fuis, j'ai peur à l'amour, tu es l'auteur des flammes autour.
J'aurais aimé te serrer contre moi,
mais c'est comme si je n'avais plus de bras.
J'espère qu'un jour ou l'autre, je cesserai de trembler,
alors, comme une femme libérée,
doucement, je viendrai te goûter.
Je fuis, j'ai peur à l'amour, je sens l'odeur des flammes autour.
Je fuis, j'ai peur à l'amour, tu es l'auteur des flammes autour.
Je fuis, j'ai peur à l'amour, je suis un bout de femme qui court.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Philippe Joncquel)
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Papillon sur tue-mouches
Tous les matins, au boulot.
Dring,au boulot.
Quand j'en ai...
Les mêmes gestes, les mêmes pensées,
pelles mécaniques de mes journées similaires.
Dring,au boulot.
J'ai des cloques pleins l'espoir,
je trempe mon regard dans le café noir, y'en a marre...
Le soir, je rentre fatiguée,
et mes mains sentent la sueur du temps d'asservissement obligatoire.
Je me demande pourquoi j'adhère.
Comme un papillon sur du tue-mouche, mes ailes sont engluées.
Il me reprend des envies de biaiser.
Ma tête va imploser à force d'y penser.
Vite, une dose de télé.
Parmi mes dents, plus de canines, plus d'incisives non plus.
La cravate me pend au cou,
et mes savates ne portent plus qu'un corps mou.
Des fois, je me demande si quelque part, je n'ai pas merdé à fond.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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Les Dents Rouges
Mon air est comprimé d'en haut,
j'ai les synapses qui disjonctent, le coeur en pirex
à coup de rétrécissements vitaux.
Je ne suis plus prête à l'emploi, on ne veut plus de moi.
L'eau commence à bouillir, il va falloir agir.
Alors, je commencerai par voler ma grand-mère,
son grenier fera l'affaire, trop tentant.
Puis, je ferai un casse dans une grosse banque,
je planquerai je fric tout près d'un lac.
De temps en temps, j'irai pêcher quelques billets mouillés.
Je base-ballerai un CRS, son flingue entre les fesses,
et le ferai danser jusqu'à ce que les rotules lâchent
et silence se fasse, ça me soulagera.
Terrorisme, embarquez là.
Je signerai d'une bombe toute administration,
j'enverrai dans sa tombe le président,
et j'profiterai de son sang.
Terrorisme, embarquez la.
Ca me soulagera, ça, ça me soulagera.
Je renvoie direct à la maison mère.
Je peindrai mes dents en rouge
et je sourirai aux passants.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Séraphin Palmeri)
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La voix
Aucune cachette de ton cerveau ne m'est inconnue
ton âme sert de pâture au miroir habile
qui me tient lieu d'alibi.
Tout au long de ta vie, je m'immisce, conscience, alarme,
j'apparais en ces instants où tu deviens ton pire ennemi en toi.
Je suis la voix interne, sentinelle,
tu es la foi, interne, fidèle.
Quand tu trébuches sur tes mines,
je suis derrière toi,
le chêne roi dans le bois, l'arc en ciel sous l'orage,
je suis à toi.
A chacun de tes actes,
entre toi et moi un pacte,
de quoi mettre en compote
les doutes les plus despotes
quand tu te croies inapte.
Je suis la voix interne, sentinelle
tu es la voix, interne, fidèle.
Je suis la voix interne, sentinelle,
tu es à moi, interne, fidèle.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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De la Pluie
De la pluie le long des grands boulevards,
Les visages ressemblent à du buvard.
Leurs pas résonnent sur les trottoirs :
de la pluie pour les enfants,
" à-grands-pas-dedans " dessine un sourire franc.
Il y a de la pluie le long des grands boulevards,
ses cordes verticales ressemblent à des remparts :
la pluie pleure des cieux lorsque la terre fredonne des aveux à ses enfants,
quand un n'est plus deux.
De la pluie plein les yeux quand un hiver s'incruste
près du coeur malheureux,
on dirait un ballon tout près de l'aiguille,
ou du gaz près du feu.
Il y a de la pluie le long des souvenirs,
dans la mémoire, ils respirent.
Mais cette pluie manque d'oxygène,
that's why I'm not singing in the rain.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Philippe Joncquel)
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La Vieillesse
Des fois, ils viennent me voir,
me rangent dans un tiroir, ça me ronge.
Ils me sortent pour les fêtes,
histoire de m'aérer...ça me ronge.
Je neige, je neige, je perds mes feuilles,
mes dents et ma mémoire,
je n'ai même plus la même vitesse.
Je sens, je transpire la vieillesse.
Pas à pas, j'avance vers elle.
C'est déjà fini ?
Ca, ce n'était que moi ?
Mon esprit gèle.
Et ces mains qui n'en finissent plus de trembler...
Je revois défiler ma vie,
il y a des choses que je regrette,
alors, je prie devant la glace.
Il y a en moi une place
où mon reflet grimace quelques inepties..
Pas à pas, j'avance vers elle.
Un jour, je n'aurai plus la force de continuer.
Je prends le cap vers l'autre côté.
Quoi ? ! Ce n'était que ça, moi ?
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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La Mort
Je suis la mort, bonjour !
Vous êtes au rendez-vous !
Je viens vous initier :
tenez, prenez votre clef !
Alors, tu la prends ou quoi, cette clé,
on t'attend pour t'emmener là-bas.
Secteur 8, couloir 8, tombe n° 8.
Y'a l'air conditionné, comme lorsque vous étiez vivant.
Ne soyez pas surpris par cette humidité,
dans quelques semaines, vous ne sentirez plus rien.
Vous aurez dégonflé.
Plus besoin de régime, comme lorsque vous viviez.
Et si vous êtes patient,
d'ici quelques années,
vous aurez disparu dans les viscères du ver victorieux.
Je suis la mort, bonjour,
vous êtes au rendez-vous.
Allons ce n'est pas bien grave,
pour qui vous prenez vous ?
Hep, vous là-bas, n'oubliez pas votre clé...
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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Personne
Il fait froid.
Y'a quelqu'un ?
Personne.
Je ne vois plus mon ombre étalée sur le mur.
Des fois, ça donne envie de pleurer.
Impossible de me lever.
Le vide m'a fait un lit dans sa gueule béante.
Dedans, j'étais sa proie géante.
Il fait froid...
Y'a personne.
Personne.
C'est comme si les quatre coins de la pièce m'appelaient à disparaître...
Pas de fenêtre.
Le plafond est si bas...
Mon heure s'est arrêtée dès que la porte s'est fermée.
Elle m'a laissée derrière, il y a bien des années.
Je préfère mourir, je ne veux pas croupir,
au fond de ma solitude,
je préfère en finir dès maintenant,
il faut savoir partir, aller loin,
je vous laisse juste trois mots à relire : je vous aime.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / musique : Jean Pascal Boffo)
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Je Vous Aime
Hey, vous !
Je vous aime.
Comme une banquise aime la chaleur,
comme un requiem aime la gaieté,
comme un enfant aime la douleur
ou des barreaux la liberté.
Je vous aime comme une cage aime son oiseau.
Comme si je ne le savais pas.
Je vous aime comme le fouet aime son esclave.
Je vous aime comme je ne sais pas.
Je vous aime à effeuiller vos pétales,
à fusionner nos âmes en un râle.
Paranoïaque, je cours devant vos existences,
mais je fais croire que je danse.
Tombant à chaque pas qui me rapproche de vous,
je vous aime malgré tout.
Je vous aime malgré moi et mes efforts
pour ne pas vous faire de tort.
Je vous aime prête à vous protéger
si le moindre extérieur cherche à vous détourner.
Vous m'appartenez.
Et, pour sortir de mon emprise ; une seule solution :
les deux doigts dans la prise.
Ne vous inquiétez pas : ce sont les miens.
Je vous aime comme un chien.
(1998 - paroles : Caroline Crozat / Musique : Jean Pascal Boffo)
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